La dimension éco-responsable des espaces de coworking : un plus pour votre entreprise
Un espace partagé peut éviter des mètres carrés inoccupés, mutualiser les équipements et raccourcir les trajets. Mais le coworking n’est pas durable par nature : son bénéfice dépend du bâtiment, de son usage réel et des exigences posées par votre entreprise. Voici comment faire un choix vérifiable.
Sommaire (7)
- Le coworking n’est écologique que dans certaines conditions
- Les leviers qui peuvent réduire l’empreinte de vos bureaux
- Les avantages, mais aussi les effets rebond à anticiper
- Auditer un espace avant de vous engager : une méthode en six étapes
- Les preuves à demander, sans se laisser séduire par le greenwashing
- Intégrer le coworking à votre stratégie RSE et à vos achats
- Faire le bon choix : sobriété, proximité et adéquation des usages
Le coworking n’est écologique que dans certaines conditions
Choisir un espace de coworking peut être une décision cohérente avec une démarche de sobriété, mais il serait réducteur d’y voir un avantage environnemental automatique. Le modèle repose sur une idée simple : faire fonctionner plus intensément une même surface, les mêmes équipements et certains services. Lorsqu’une entreprise occupe peu ses bureaux — avec des équipes nomades, du télétravail ou des effectifs variables —, cette mutualisation peut éviter de chauffer, éclairer et aménager des locaux dont une partie reste vide.
Le résultat dépend toutefois d’un ensemble de paramètres : performance du bâtiment, taux d’occupation réel, proximité des salariés, qualité des travaux d’aménagement, durée d’usage des meubles et équipements, ou encore gestion des déchets. Un bel espace rénové récemment, loin des transports et peu fréquenté, peut avoir un bilan moins favorable qu’un bureau classique bien occupé et bien situé.
La bonne question n’est donc pas : « Le coworking est-il vert ? » Elle est plutôt : « Par rapport à notre solution actuelle, quels postes d’impact allons-nous éviter ou, au contraire, déplacer ? »
| Poste à examiner | Gain potentiel du coworking | Condition pour qu’il soit réel | Élément à vérifier |
|---|---|---|---|
| Surface occupée | Moins de mètres carrés réservés à une seule entreprise | Vos anciens bureaux sont réduits, rendus ou réellement réaffectés | Taux d’occupation, surface par personne, évolution du parc |
| Énergie du bâtiment | Chauffage, climatisation et éclairage répartis entre plusieurs usagers | Le site est performant et correctement piloté | Consommations suivies, équipements, entretien, protections solaires |
| Mobilité | Moins de kilomètres si chacun travaille près de son domicile ou d’un pôle de transport | Le lieu réduit réellement les trajets carbonés | Accès ferroviaire, vélo, bus, stationnement, politique de déplacement |
| Mobilier et matériel | Imprimantes, salles, cuisine et mobilier utilisés par davantage de personnes | Les achats évités dépassent les achats neufs induits par l’aménagement | Réemploi, réparabilité, location, inventaire des équipements |
| Déchets et consommables | Achats groupés et tri organisé à l’échelle du site | La réduction à la source accompagne le tri | Fontaines à eau, vaisselle réemployable, filières de tri, collecte |
Les leviers qui peuvent réduire l’empreinte de vos bureaux
Éviter les surfaces durablement vacantes
Dans de nombreuses organisations, la présence au bureau varie fortement selon les jours. Louer une surface fixe dimensionnée pour les pics de fréquentation crée souvent un surplus de postes, de salles et de zones de circulation à entretenir toute l’année. Les formules à la journée, au poste non attribué ou au bureau privatif ajustable peuvent mieux suivre les fluctuations d’effectifs.
Cette flexibilité a un intérêt concret : elle peut limiter les travaux de réaménagement à chaque recrutement ou départ. Encore faut-il organiser les réservations et renoncer, lorsque cela est possible, à conserver simultanément un siège surdimensionné. Le coworking ne produit pas d’économie immobilière si l’entreprise ajoute des postes partagés à des bureaux fixes qui restent inchangés.
Mutualiser sans surconsommer
Salles de réunion, réseau informatique, imprimantes, casiers, cuisine, accueil, mobilier ou abonnements à certains services : les ressources communes peuvent réduire la duplication d’équipements peu utilisés. La mutualisation est particulièrement pertinente pour les très petites équipes, les antennes régionales et les entreprises en croissance, qui n’ont pas besoin d’équiper seules des espaces spécialisés.
Mais le raisonnement doit intégrer le cycle de vie. Une décoration remplacée fréquemment, du mobilier jetable ou des travaux récurrents effacent une partie du bénéfice. Privilégiez un lieu qui explique la provenance de ses meubles, favorise le reconditionné ou le réemploi quand cela est techniquement possible, et entretient son matériel plutôt que de le renouveler par principe.
Faire de la localisation un critère central
Pour une entreprise de services, les déplacements des collaborateurs peuvent constituer un poste majeur. Un espace proche du domicile d’une partie de l’équipe, d’une gare, d’un arrêt de transport collectif ou d’itinéraires cyclables peut réduire l’usage de la voiture individuelle. À l’inverse, un site périphérique accessible principalement en voiture risque d’augmenter l’empreinte, même s’il affiche des équipements économes.
Interrogez vos équipes avant de signer : où habitent-elles, quels sont leurs modes de transport, et à quelle fréquence viendront-elles ? Un réseau de plusieurs lieux de proximité peut être préférable à un site unique, mais seulement s’il évite des déplacements longs et ne multiplie pas inutilement les surfaces chauffées.
Les avantages, mais aussi les effets rebond à anticiper
Le coworking apporte souvent une souplesse opérationnelle appréciable. Cette souplesse peut aussi devenir une source de surconsommation si elle n’est pas pilotée : multiplication des réservations de salles, trajets supplémentaires pour des événements, impression libre-service abondante, ou maintien de plusieurs abonnements inutilisés. Une politique d’usage compte autant que les caractéristiques du lieu.
Ce que le modèle peut améliorer
- Une occupation plus dense des postes, salles et espaces communs.
- Des coûts et impacts d’équipement répartis entre plusieurs structures.
- Une capacité à adapter les surfaces sans travaux lourds ni long engagement.
- Une implantation de proximité susceptible de limiter certains trajets.
- Un cadre collectif qui facilite le tri, le réemploi et la sensibilisation.
Ce qui peut annuler le bénéfice
- Conserver un siège social sous-occupé en plus des abonnements partagés.
- Choisir un site éloigné ou mal desservi, entraînant des trajets en voiture.
- Privilégier une rénovation esthétique fréquente et fortement matérialisée.
- Confondre tri des déchets et réduction effective des déchets produits.
- Ne suivre ni la fréquentation, ni les déplacements, ni les dépenses énergétiques.
Le bureau le moins impactant n’est pas nécessairement le plus récent ni le plus « végétalisé » : c’est celui dont la surface, l’énergie, les équipements et les déplacements sont justifiés par les usages.
Gardez également à l’esprit les arbitrages sociaux et pratiques. Un espace ouvert peut être peu adapté aux appels confidentiels, aux tâches exigeant une forte concentration ou à l’accessibilité de certains salariés. Si une partie de l’équipe finit par travailler ailleurs à cause de ces limites, le taux d’utilisation baisse. Des cabines acoustiques, des salles fermées réservables, des règles de confidentialité et des équipements ergonomiques sont donc aussi des critères de durabilité : un lieu doit rester utilisable dans la durée pour être sobre.
Auditer un espace avant de vous engager : une méthode en six étapes
Les promesses environnementales sont faciles à afficher ; les éléments contrôlables le sont moins. Une petite entreprise n’a pas besoin de réaliser un bilan complet pour faire un choix solide. Elle peut toutefois demander des informations précises et les comparer selon une grille identique.
- Décrivez vos besoins réels. Recensez les jours de présence, le nombre de postes simultanés, les besoins de confidentialité, les salles, le matériel et les sites géographiques nécessaires. Distinguez les besoins réguliers des pics ponctuels.
- Mesurez votre point de départ. Relevez la surface actuellement louée, son taux d’occupation approximatif, les kilomètres parcourus pour venir travailler et les principaux achats de bureau. L’objectif est une comparaison utile, non une précision artificielle.
- Cartographiez les trajets. Demandez aux équipes, sur une base volontaire et agrégée, quel lieu limiterait le plus leurs déplacements. Vérifiez les accès à pied, à vélo et en transports collectifs, ainsi que les possibilités de visioconférence.
- Analysez le bâtiment et son exploitation. Questionnez le gestionnaire sur le chauffage, le rafraîchissement, l’éclairage, la ventilation, le suivi des consommations et les travaux menés. Une certification environnementale peut constituer un indice, mais elle ne remplace pas les données d’usage du site.
- Examinez les flux matériels. Regardez les poubelles, les points d’eau, les équipements partagés et les solutions de réparation ou de réemploi. Demandez ce qui est mis en place pour réduire les emballages, le papier et le gaspillage, au-delà du seul tri.
- Testez, contractualisez, puis mesurez. Commencez par une période d’essai lorsque c’est possible. Conservez les données de fréquentation et organisez un bilan après quelques mois : abonnements réellement utilisés, kilomètres évités ou ajoutés, matériel acheté et retours des équipes.
Les preuves à demander, sans se laisser séduire par le greenwashing
Des plantes, des gobelets compostables ou une communication sur la « neutralité » ne suffisent pas à caractériser un espace durable. Une allégation environnementale crédible doit être précise, proportionnée et vérifiable. En France, une présentation commerciale susceptible d’induire en erreur sur les qualités environnementales d’un service peut relever des pratiques commerciales trompeuses. Il est donc légitime de demander le périmètre, la méthode et la date des informations communiquées.
Ne cherchez pas forcément des données parfaites : un petit exploitant ne dispose pas toujours d’un reporting aussi structuré qu’un grand parc immobilier. En revanche, il doit pouvoir expliquer ses choix et fournir des éléments concrets, plutôt que des formules générales.
| Question à poser | Réponse solide | Signal de vigilance |
|---|---|---|
| Comment l’énergie est-elle suivie ? | Relevés périodiques, pilotage des équipements, explication des postes les plus consommateurs | Une promesse vague d’« énergie verte » sans détail sur le bâtiment ni les usages |
| Que devient le mobilier remplacé ? | Politique de réparation, don, revente, réemploi ou filière identifiée | Renouvellement fréquent présenté comme une amélioration écologique |
| Comment les déchets sont-ils évités et triés ? | Vaisselle durable, eau non conditionnée, consignes visibles et collecte adaptée | Multiplication de produits jetables dits « écologiques » |
| Le site est-il accessible sans voiture ? | Informations précises sur les transports, vélo sécurisé, douches ou vestiaires si pertinents | Simple mention de la proximité d’un axe routier ou d’un parking |
| Une certification est-elle mentionnée ? | Nom, niveau, date, périmètre et distinction entre bâtiment, travaux ou exploitation | Logo isolé, ancien label ou périmètre impossible à identifier |
Pour les grands immeubles tertiaires, certains propriétaires ou occupants peuvent être concernés par les obligations de réduction des consommations d’énergie du dispositif Éco Énergie Tertiaire, selon les seuils et situations prévus par la réglementation. Cela ne signifie pas qu’un espace est automatiquement performant, ni que tous les coworkings sont concernés. Mais c’est une bonne occasion de demander comment le site suit ses consommations et qui porte les obligations applicables.
Intégrer le coworking à votre stratégie RSE et à vos achats
Un espace partagé doit être traité comme une prestation immobilière et de services, pas comme une simple dépense d’abonnement. Inscrivez quelques critères dans votre processus d’achat : distance moyenne ou accessibilité des équipes, nombre de postes réellement utilisés, possibilités de mutualisation, pratiques d’exploitation et capacité du prestataire à répondre à vos demandes de données.
Dans le contrat, clarifiez les points qui auront une incidence sur l’usage : modalités de résiliation ou d’ajustement du nombre de postes, accès aux salles, services inclus, traitement des déchets, règles de confidentialité et conditions d’accès aux informations environnementales disponibles. La souplesse tarifaire ne suffit pas ; la flexibilité doit vous permettre de diminuer une capacité inutile, et pas seulement de l’augmenter rapidement.
Pour une PME, un tableau de bord trimestriel simple est souvent plus utile qu’un indicateur complexe. Il peut comporter :
- le nombre d’abonnements souscrits et le nombre moyen de jours effectivement utilisés ;
- la surface de bureaux fixes abandonnée, réduite ou conservée ;
- une estimation prudente de l’évolution des trajets professionnels et domicile-travail ;
- les principaux équipements évités, achetés, loués ou réemployés ;
- les irritants signalés par les salariés : bruit, manque de salles, sécurité, accessibilité ou temps de trajet.
Ces données permettent d’ajuster le dispositif et d’alimenter, si votre entreprise en publie un, son reporting RSE. Elles évitent surtout un écueil courant : revendiquer un gain climatique sans savoir si les locaux antérieurs ont été abandonnés, si les déplacements ont baissé et si la nouvelle offre est réellement fréquentée.
Faire le bon choix : sobriété, proximité et adéquation des usages
Le meilleur espace n’est pas celui qui accumule les promesses, mais celui qui répond à un besoin de travail réel avec le moins de ressources superflues. Pour une équipe hybride, cela peut être un petit bureau partagé près d’un nœud de transport. Pour une activité nécessitant régulièrement des échanges confidentiels, un bureau privatif dans un site mutualisé peut être plus pertinent qu’un open space sous-utilisé. Pour des salariés très dispersés, une politique combinant télétravail encadré, lieux de proximité et rendez-vous collectifs moins fréquents peut parfois offrir le meilleur compromis.
Avant de signer, vérifiez donc trois cohérences : la cohérence immobilière — moins de surface inactive ; la cohérence de mobilité — moins ou mieux de déplacements ; et la cohérence d’usage — un espace que les équipes peuvent et veulent employer durablement. C’est à ces conditions que le coworking peut devenir un levier crédible de votre stratégie environnementale, tout en améliorant l’agilité de l’entreprise.
Questions fréquentes
Un espace de coworking est-il forcément plus écologique qu’un bureau classique ?
Non. Il peut réduire l’empreinte des bureaux s’il remplace des surfaces peu occupées, mutualise réellement les équipements et limite les trajets. Un coworking éloigné, énergivore ou ajouté à des bureaux fixes inchangés peut au contraire augmenter les impacts.
Quels critères environnementaux vérifier avant de choisir un coworking ?
Examinez d’abord la localisation et les modes d’accès, puis la gestion de l’énergie, la qualité des aménagements, le réemploi du mobilier et la prévention des déchets. Demandez des éléments concrets : suivi des consommations, conditions de tri, politique d’achat et informations sur le bâtiment.
Comment mesurer le bénéfice environnemental d’un coworking pour son entreprise ?
Comparez la situation avec vos locaux et déplacements précédents : surface abandonnée ou réduite, taux d’utilisation des abonnements, évolution des trajets et équipements évités. Une estimation simple, documentée et prudente vaut mieux qu’un chiffre global non vérifiable.
Les labels environnementaux d’un immeuble suffisent-ils à choisir un espace ?
Ils peuvent fournir une indication utile sur la conception ou l’exploitation du bâtiment, mais ils ne garantissent pas à eux seuls votre impact réel. Vérifiez leur date, leur périmètre et complétez-les par des données d’usage, notamment sur l’énergie et la mobilité.
Peut-on intégrer des exigences écologiques dans un contrat de coworking ?
Oui, vous pouvez demander que le prestataire transmette les informations environnementales disponibles, préciser les services et équipements mutualisés, et négocier une capacité ajustable. Clarifiez aussi les modalités de résiliation afin de ne pas conserver des abonnements non utilisés.
Le télétravail à domicile est-il toujours plus durable que le coworking ?
Pas systématiquement. Il peut réduire les déplacements, mais son bilan dépend de l’énergie du logement, du matériel, de l’isolement des usages et des déplacements évités ou créés. La comparaison doit tenir compte des besoins de collaboration et de la localisation de chaque salarié.